Saint-Pierre-et-Miquelon s’enlise lentement et secrètement.

Il ne s’agit pas aujourd’hui de disserter sur la montée des eaux, mais sur la montée des prix. Si, selon les experts, la montée des eaux représentera 30 cm dans 30 ans, en 20 ans, la montée des prix a déjà dépassé les 70 % ! C’est exactement 37,5 points d’inflation de plus qu’en métropole depuis l’an 2000 ! L’an passé, c’était + 1,10% en métropole et + 2,53 % dans l’archipel ! Plus du double ! Ce premier semestre 2020 c’est, + 0,13 % en métropole et, +1,11 % dans l’archipel. Une hausse plus de huit fois supérieure.

Mais est-ce bien grave ? Apparemment non ! L’État, les élus et les acteurs locaux sont membres de l’Observatoire des Prix, des marges et des revenus (l’OPMR). Ils se réunissent de temps en temps et observent ? Quoi ? Personne n’en sait rien ! J’exagère ! Ils observent la montée des prix comme un chevreuil observe un chasseur sans fusil. Concernant les marges, c’est un secret pour le commun des mortels que nous sommes ! Le commerce est libre et publier les marges pourrait porter atteinte au secret du commerce. Donc rien ! Quant à l’observation des revenus, l’OPMR fait preuve d’une inefficacité remarquable. Prenez connaissance de cet extrait de procès-verbal de réunion pour vous en convaincre :

« Lors de sa réunion du 18 février 2011, l’observatoire a décidé d’engager une étude sur le niveau et l’évolution des revenus à Saint-Pierre et Miquelon. Ce thème avait déjà été envisagé depuis 2008. Cependant, en raison des difficultés liées au secret notamment fiscal et social à l’échelon d’un territoire relativement réduit, à la nécessité d’obtenir l’accord et la collaboration de tous les partenaires locaux, l’étude n’a pu être effectivement engagée.« 

Heureusement, l’IEDOM semble plus efficace, car dans son dernier rapport 2019, nous pouvons prendre connaissance des niveaux de revenus par catégories professionnelles. C’est, en effet, très intéressant. Voyez plutôt le tableau ci-dessous qu’est incapable de produire l’OMPR.

Il y a des hauts et il y a des bas qui expliquent une moyenne. La plus haute rémunération de l’archipel est de 19 393 € par mois (avant impôts) et la plus basse ne peut pas être connue, car interfèrent les étudiants qui travaillent l’été, ceux qui travaillent moins de 6 mois dans l’archipel, etc.

Ce sont donc les moyennes qu’il est intéressant d’observer. Un pilote peut gagner en fin de carrière jusqu’à 14 056 €, mais la moyenne tombe à 5 181 € ce qui veut dire que parmi les 12 autres, il y en a qui gagnent beaucoup moins. Il en est ainsi pour toutes les professions avec en fin de liste, les artisans pêcheurs, les retraités et les indépendants (autres = activités réduites, étudiants, etc.). Mon regard de « mayou » s’étonne de voir les artisans pêcheurs dans le bas du tableau, eux qui ont fait la richesse de cet archipel au point de vouloir le classer au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco. Le bénéfice d’un revenu de base pour eux, mais aussi pour tous les producteurs locaux, serait une bonne initiative.

Pour représenter ce que chaque profession perd en moyenne avec cette inflation galopante dans l’archipel, j’ai réalisé ce tableau qui reprend les chiffres de l’IEDOM et qui renseigne la perte de revenus qu’entraîne cet écart d’inflation calculé entre le 1er janvier 2001 et le 30 juin 2020. Un écart de 30,45 points !

Si les revenus étaient indexés sur les prix de l’archipel, les salariés devraient gagner en moyenne 7 725 € de plus par an et 644 € de plus par mois. Dit autrement, sur les 144 millions d’euros de revenus distribués à tous les habitants (total du premier tableau ) , l’archipel a perdu une capacité d’achat chaque année de plus de 43 millions d’euros. Largement de quoi développer le commerce, les hôtels, les restaurants, des logements et les indispensables voyages.

Si en 2050, le niveau de l’océan aura augmenté de 30 cm, les prix auront quasiment doublé en creusant un écart toujours plus important avec la métropole. En fait, le choix que proposent les acteurs locaux à la population non-fonctionnaire c’est, soit vous devenez pauvre, soit vous partez !

Pour rappel, ce témoignage démontre qu’un salarié à Saint-Pierre-et-Miquelon, c’est comme le RSA en métropole !

« Avec le salaire de St Pierre en métropole, j’aurai été riche. Ici, je suis pauvre. Une personne qui a le budget de métropole ne PEUT PAS VIVRE ICI. » (19 juin 2020)

Heureusement, et comme en témoigne les tableaux ci-dessus, il y a peu de salariés qui sont dans cette situation mais vivre de son travail devient difficile pour de plus en plus de personnes.

C’est indolore, comme ces grenouilles qui sont plongées dans l’eau froide et qui mourront pour ne pas s’être aperçu que la température montait lentement.

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(la fable de la grenouille sur Wikipédia – ICI).

Pour permettre à l’archipel d’élever son niveau économique et social, j’ai produit 5 thématiques qui mériteraient d’être complétées et débattues.

La réponse du président de la Collectivité, Stéphane Lenormand, dans sa vidéo mensuelle (ICI) est bienveillante sur l’indépendance alimentaire, sur la monnaie locale, dont il n’exclut pas une réflexion, et pour un service universel de santé au travail. Pas encore de réponse sur le revenu de base et pour une augmentation de la contribution fiscale de l’État, mais le débat devra être mené.

1 – Assurer la sécurité alimentaire de l’archipel, doit être renforcée en particulier en matières maraichères et d’élevages. Nous devons assurer une grande partie des besoins alimentaires de base. Des légumes, des fruits, des œufs, du lait, un peu de viande, etc.

2 Instaurer un revenu de base, au delà d’éradiquer définitivement la pauvreté dans l’archipel, permettra d’assurer un revenu stable aux producteurs locaux, encouragera les initiatives économiques, renforcera le tissu social, contribuera à la baisse des prix. Mais ce revenu de base permettra aussi un développement de la culture par des artistes, musiciens, écrivains, peintres, libérés de la contrainte financière.

3 – Créer une monnaie locale, donne du sens aux échanges locaux, améliore les relations entre les commerçants et les clients, encourage la production locale et la création d’emplois locaux. Elle permet de donner un outil à la solidarité entre gens du même espace.

4 Engager une révolution fiscale et commerciale, c’est avant tout préserver un principe redistributif unique et équitable de l’archipel tout en demandant à l’État d’assurer toute sa part pour l’équité fiscale avec les métropolitains. C’est aussi une baisse des taxes et une réforme des circuits du commerce local pour obtenir de meilleurs prix.

5 – Développer une santé au travail universelle pour le territoire, permet de considérer chaque travailleur, quel que soit son secteur d’activité, comme une personne qui mérite la bienveillance. Le travail présente des risques physiques, psychiques, environnementaux qui doivent être prévenus par une équipe qualifiée et disponible sur place.

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Elles ne seront pas suffisantes et devront être complétées, c’est certain. Mais quelles sont les autres perspectives et propositions qui se manifestent pour enrayer l’inflation locale et assurer une niveau de vie satisfaisant à tous les habitants ?

Bonnes vacances….

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Pour une suite, un contact c’est ICI

2 commentaires

  1. Cher Monsieur Garnier, bonjour et merci beaucoup pour cet exposé étayé et explicite, mais dans le même temps très pessimiste pour de potentiels candidats à l’installation sur le département. Cela fait réfléchir effectivement car au-delà des prix à la consommation et leurs conséquences sur le pouvoir d’achat des plus petits, il y a aussi le problème du logement à SPM, qui est pourtant crucial pour le développement économique du territoire et le maintien de sa population locale, notamment les jeunes. Une pénurie de l’offre qui maintient de fait des loyers extravagants sur Saint-Pierre, quasi proches de ceux de Paris et de sa couronne ! La construction prochaine d’une soixantaine de logements quartier des Graves, tous voués à la vente ou presque, ne contribuera hélas pas à une baisse significative des loyers sur l’archipel. Je m’en désole car j’appartiens à la catégorie « salarié » et j’ai pour objectif de m’installer sur votre magnifique territoire à l’horizon 2022 voire début 2023, non seulement pour son climat sain, sa « proximité » avec le Québec (regroupement familial), mais aussi et surtout pour son art de vivre. Je m’y prépare déjà, je suis même disposé à occuper un emploi quelconque sans rapport avec mon parcours professionnel, mais la pénurie de logements et son coût m’effrayent beaucoup. Avez-vous des éléments précis pour ce secteur voire même des recommandations, des contacts ? Quant à l’inflation, la collectivité territoriale de SPM ayant une autonomie fiscale et administrative, pourquoi celle-ci ne met-elle pas en place une TVA réduite de 2.10% sur des produits de la vie quotidienne à l’image des autres COM de la Guadeloupe ou de la Martinique et ce, afin de baisser les prix ? Dans l’attente, recevez, Cher Monsieur Garnier, mes très sincères salutations. Laurent Masson.

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    1. Bonjour Monsieur Masson et merci de votre commentaire.
      Oui, l’archipel a un fabuleux potentiel pour sa qualité de vie avec une myriade d’associations qui ferait pâlir bien des communes. Dans le cadre du réchauffement climatique, notre archipel peut devenir une terre d’accueil. Mais comme vous le soulignez, le prix du logement atteint des sommets qui peuvent rebuter toutes celles et tous ceux qui, comme vous, veulent s’y installer. Avec le Collectif Bien-Vivre 975 auquel je participe, nous avons proposé à la Collectivité une réforme de la fiscalité sur les revenus fonciers pour inciter les propriétaires à baisser les loyers. Aujourd’hui, ils ne sont imposés que sur 25 % des revenus quel que soit le niveau des loyers. Ce système est inflationniste et doit être réformé. La Collectivité a répondu qu’elle réfléchissait à la question dans cette perspective. Enfin, la question de la TVA n’est peut-être pas la réponse, car certains produits sont déjà détaxés et ceux de première nécessité le sont très peu. Mais lorsqu’il y a baisse de taxes encore faut-il que les commerçants la répercutent sur les prix, ce qui, expérience à l’appui, n’a pas toujours été le cas. Donc, compte tenu de la taille de l’archipel, il semblerait que la fixation des prix pour les produits de première nécessité, soit une piste à exploiter, mais que l’État se refuse de mettre en œuvre. La majorité des gens vivent très bien ici en dehors des retraités et des salariés qui perçoivent moins de 2000 euros par mois. Oui, il faut savoir que c’est un minimum et que le niveau de vie dépendra effectivement du niveau du loyer à payer. Le témoignage de cette personne qui compare le RSA de métropole au salaire de l’archipel doit poser question à nos élus. Je pense qu’ils y réfléchissent, mais les réponses ne sot pas encore sur la table. Bien à vous.

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