La guerre des clans à Saint-Pierre-et-Miquelon

Saint-Pierre-et-Miquelon serait-il un archipel dont les débats seraient dignes d’une cour d’école ? À écouter les uns et les autres c’est le sentiment qui se dégage des dernières évolutions du dossier qui porte sur la construction du quai des ferries.

D’un côté un Conseil Territorial, du mouvement « Archipel demain », qui a décidé de l’acquisition de deux ferries pour développer le tourisme avec nos proches voisins Canadiens. De l’autre, une ministre « Cap sur l’avenir/PRG/LREM » et un député, qui souhaitent aussi développer le tourisme de luxe, avec des bateaux de croisières, quelque peu polluants, il faut bien en convenir (voir exemple ICI). Au regard de l’évolution des dossiers, il parait manifeste que l’État, bras administratif de la ministre, encourage l’un pour méthodiquement saborder l’autre. Saborder peut paraître un peu fort, mais c’est un terme approprié en ce qui concerne un port, des bateaux, pour un caillou au cœur de l’océan.

Alors que le projet du quai de croisières est lancé ce mois-ci, « 3 200 tonnes de roches qui seront livrées cette fin de semaine » (voir SPM 1ère ICI), le projet du quai des ferries rebondit de semestre en semestre (voir SPM 1ère ICI). Il ne manquait plus que l’avis de l’autorité environnementale sur les risques environnementaux pour débuter les travaux dès 2021. Mais voilà ! Aujourd’hui, la nouvelle version du projet, validé par le conseil portuaire sous deux réserves mineures, risque de déranger les veaux marins (phoques) qui séjournent dans le port ! Le projet est donc à nouveau suspendu par l’État !

Il y a eu certainement des erreurs de part et d’autres. Au début, je pensais que la Collectivité avait mis la charrue avant les bœufs en achetant les ferries avant que les quais ne soient construits à Saint-Pierre, comme à Fortune. Aujourd’hui, je note que si la Collectivité avait attendu la réalisation des quais avant de les acheter, les ferries seraient encore à l’état de projet. La Collectivité, aurait-elle fait preuve de clairvoyance ? Avec ce recul, je pencherais pour le oui !

Mais pourquoi ces entraves permanentes sur ces quais pour les ferries alors que tout va pour le mieux pour le quai de croisière, conçu par le même bureau d’études et pour le même territoire ? C’est ici que nous pouvons entrer dans une grande cour d’école politique !

L’ex-ministre d’Emmanuel Valls, souhaite apparemment que le quai des croisières, annoncé par son Premier ministre de l’époque, soit réalisé avant celui des ferries. « C’est moi, la première, la plus efficace », pourra-t-elle dire. Et si cela pouvait devenir une réalité avant les prochaines élections de 2022, cela pourrait aussi devenir un argument de campagne électorale pour démontrer son efficacité. Au regard de nombreuses étapes du dossier, c’est la seule explication rationnelle que je trouve à cette guéguerre économiquement ridicule et coûteuse.

Or, si nous observons les priorités économiques, il y a d’un côté, un quai pour des croisiéristes de passages, et de l’autre, un quai pour des touristes Canadiens, des Saint-Pierrais et des Miquelonnais, résidents permanents. Compte tenu de l’ambiance, à ce stade, je me demande pourquoi la Collectivité Territoriale ne confierait-elle pas la réalisation du projet à l’État qui est le propriétaire du port ? C’est normalement au propriétaire de financer les gros travaux sur sa propriété ! Au moins, il y aurait là une bonne raison pour l’État de bloquer le projet, une raison plus sérieuse que le confort des phoques. Certes, en attendant, ce sera un service dégradé, à l’image des ports de l’archipel, si mal entretenus par l’État. Mais heureusement, les egos locaux n’ont que peu d’influence au Canada, ce qui va permettre au port de Fortune d’être opérationnel avant celui de Saint-Pierre.

J’ai eu l’audace de proposer un contrat social entre l’État, la Collectivité, les mairies, la Cacima et la CPS……..(ICI), et, compte tenu de tout ce qui précède, je pense que j’aurai dû l’envoyer directement à « Cap sur l’avenir/LREM », qui aurait certainement proposé un préfigurateur social pour sa gouvernance.

En attendant, l’archipel va poursuivre sa lente décroissance qui, d’ici 30 ans, rendra cette cour d’école aux seuls élèves qui l’ont fréquenté dans leur plus jeune âge ; les retraités de demain.

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