Un service de santé au travail, ouvert aux travailleurs non-salariés ?

ouvert(1)(Suite du post : « Et si les services de santé au travail s’ouvraient aux employeurs de TPE/PME ? »)

……Alors Alain propose au conseil d’administration de son service de santé au travail, d’étendre les missions aux employeurs de TPE, ainsi qu’aux autoentrepreneurs du secteur……

Le constat par un observatoire

Les TPE/PME sont souvent délaissées par les sciences sociales, humaines et médicales. Or elles sont 96,8% qui ont entre 0 et 20 salariés. Les employeurs de TPE sont plus de deux millions en France, dont la moitié n’emploie aucun salarié.
C’est fort de ce constat qu’un observatoire de la santé des dirigeants de PME a été créé en 2009 par Olivier Torrès (1), Professeur des Universités (Montpellier) et spécialiste des petites et moyennes entreprises (PME). Son nom : AMAROK
L’observatoire Amarok est une association s’intéressant à la santé physique et mentale des travailleurs non-salariés : dirigeants de PME, commerçants indépendants, professions libérales, artisans… Créé en 2009, Amarok fédère aujourd’hui une quinzaine de chercheurs qui étudient les liens entre la santé de la petite entreprise et celle de son dirigeant.
Je vous conseille vivement la consultation du site qui est une mine d’informations sur la prévention de la santé des dirigeants. (http://www.observatoire-amarok.net/fr)
Un article m’a particulièrement intéressé : « Les risques psychosociaux du dirigeant de PME ». C’est une étude qui identifie 30 « stresseurs » spécifiques et qui vise un double objectif. D’une part, celui de modifier le regard des dirigeants d’entreprise sur la santé au travail et d’autre part, de modifier le regard que la société porte sur la santé des dirigeants.
Il constate qu’il n’y a pas en France, de services de santé au travail pour les travailleurs non-salariés et qu’un médecin généraliste ne vaut pas un médecin du travail. Mais par ailleurs il est aussi constaté qu’il n’existe pas de médecins du travail dédiés aux travailleurs non-salariés alors que cela concerne plus de 3 millions de personnes.
Les interactions entre santé au travail et santé publique sont importantes et comme l’écrit cette association en forme de slogan : « La société mature est une société qui protège ceux qui la font ». Et, dans ce qui la font, il y a des dirigeants et des salariés.
Il faut donc imaginer cette interaction dans le monde du travail.

Une réponse par un projet

Je ne peux donc résister à l’envie de vous présenter le projet d’un service territorial de prévention de la santé au travail intersectoriel, interprofessionnel et ouvert à tous les actifs, qu’ils soient salariés, fonctionnaires ou employeurs de TPE. Il n’est qu’au stade du projet dans le cœur d’un document d’une cinquantaine de pages qui est le résultat d’une consultation des différents acteurs de ce territoire. Enrichi de cet échange l’appellation « employeurs de TPE » » sera remplacée par « travailleurs non-salariés ».
En rencontrant les représentants des employeurs du territoire, j’ai découvert que le stress, le burnout n’était pas l’apanage des seuls salariés. En parcourant le site nommé ci-dessus j’ai retrouvé l’expression de ces employeurs qui expriment cette inaudible et inavouable souffrance patronale.
Il est pour le moins paradoxal que le syndicaliste que je suis depuis plus de 40 ans en arrive à de tels constats. Mais la santé au travail, la prévention des risques professionnels souffre justement de cette dichotomie qui relève du paradoxe le plus total. En effet la santé au travail est souvent mal perçue par ceux qui ne la connaisse pas. Le fait d’en mutualiser les missions entre les différents travailleurs, salariés et non-salariés, ne peut que renforcer l’intérêt commun pour la santé de chacun.
De plus, les travailleurs représentant près de 50% de la population il serait absurde de ne pas en faire un objet de santé publique.

Au départ les consultations visaient à sensibiliser les acteurs locaux à la nécessité de créer un service de santé au travail pluridisciplinaire, intersectoriel et interprofessionnel dans le territoire qui en est dépourvu. Les salariés n’ont pas de réponse et il est urgent de leur en apporter une. De rencontres en rencontres je me suis vite aperçu que sur 305 entreprises, 284 comptaient moins de 20 salariés. Les travailleurs non-salariés représentent plus de 10% des actifs. Tant qu’à imaginer un service nouveau, autant le concevoir pour apporter les meilleures réponses à chacun. D’où l’idée détendre les missions à l’ensemble des travailleurs, salariés, non-salariés, fonctionnaires. Comme l’affirme le philosophe Gaston Bachelard, « imaginer c’est hausser le réel d’un ton ».
Cette idée est portée dans le plus petit territoire Français d’outre-mer. A Saint-Pierre-et-Miquelon, un archipel français d’Amérique du Nord situé dans l’océan Atlantique nord, à 25 km au sud de l’île canadienne de Terre-Neuve. Je présente cette idée dans le cadre d’un appel à projets innovants organisé par les assises des outre-mer. Vos commentaires seront les bienvenus

Il ne reste plus qu’à trouver les partenaires pour aider au portage et à sa réalisation. Les acteurs locaux sont prêts.

 


(1) En savoir plus sur Olivier Torrès …