Inflation + 5,34 % à Saint-Pierre-et-Miquelon… et après ?

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Les années se suivent et ne se ressemblent pas. Après une baisse de 0,48 % en 2020, les prix repartent à la hausse en 2021 et, selon les premiers chiffres métropolitains 2022, il semblerait que cela ne soit pas terminé !

L’inflation ça veut dire quoi ?

Quand les prix augmentent de 5,34 %, ce que vous achetiez 100 € en 2020, coûte 105,34 € en 2021. Mais cette observation sur un ou deux ans n’est pas significative.

Sur 20 ans, SPM a connu une hausse des prix de +49,12 % contre +27,98 % en métropole. La différence dépasse les 20 % ! Exactement 21,14 % depuis 2001 !

Certes, les salaires, les retraites et autres ont augmenté, mais l’inégalité durable entre la métropole et l’archipel s’est installée.

Le niveau du smic dans le territoire est en retard de 339 € par mois !

Pour faire simple, les habitants de l’archipel, dont les revenus sont basés sur le SMIC, ont pris un retard de 21 % en 20 ans sur le niveau de vie des métropolitains. Il en est de même pour les fonctionnaires de catégorie C… et c’est pire encore pour ceux qui sont au-dessus. (*)

Le Smic mensuel brut est de 1 603,12 euros depuis le 1er janvier 2022. Pour maintenir le pouvoir d’achat des habitants de l’archipel concernés, le SMIC local devrait se situer 21 % au-dessus c’est-à-dire à 1 942 € ! Cette différence de 339 € est égale à la perte mensuelle du pouvoir d’achat et donc à une perte annuelle de plus de 4 000 € !

Lors de son passage pour exposer le plan pauvreté du gouvernement, j’avais fait part de cette différence à notre ministre locale pour demander s’il n’était pas possible d’envisager un SMIC local ou une forme de compensation de cet écart qui placerait les habitants de l’archipel dans une situation moins inégalitaire ! La réponse fut sèche ! Vous croyez qu’on peut créer un SMIC sans chaque région en fonction de son coût ? SMIC du Sud, SMIC de Paris, SMIC du Nord ?

Elle aurait pu avoir raison ! Mais qu’est-ce qui justifie la prime de vie chère pour les fonctionnaires et qui ne serait pas justifié pour les autres ? La vie est aussi chère pour les salariés du secteur privé que pour les fonctionnaires !

Ainsi va l’archipel pour lequel chacun s’interroge sur les causes d’une chute de la démographie ! J’avais publié le témoignage d’une salariée au SMIC d’ici. Elle comparait sa situation avec celle du RSA qu’elle percevait en métropole avant de venir. À la fin du mois, il lui restait la même chose ! Zéro ! Elle est repartie !

Je persiste à penser que les gens qui viennent ici ne restent pas lorsqu’ils découvrent au fil des mois que leur niveau de vie devient inférieur à celui qu’ils avaient quand ils habitaient en métropole. Contrairement à ce que pense la macronie locale, la survie de l’archipel passera par un dynamisme social qui permettra d’offrir à chacun, un niveau de revenus adapté au territoire, en particulier pour les premiers niveaux, SMIC, retraites et aides sociales.

Les entreprises connaissent un manque de main d’œuvre ? Non sans blague ! Certes, ce différentiel de niveau de vie ne peut pas être assumé en totalité par les entreprises. Une prise en charge totale ou partielle par l’État, comme pour les fonctionnaires, pourrait s’envisager par une hausse significative de la prime d’activité ou par d’autres dispositifs adaptés.

En attendant… la main d’œuvre vient à manquer ! Les écoles ferment ! La population se réduit ! Les prix augmentent ! À terme, les dépenses publiques pèseront sur un nombre restreint de foyers fiscaux pour lesquels la charge fiscale deviendra insupportable. Quel avenir !

Il est regrettable que le territoire n’ait pas su profiter de sa proximité électorale avec le pouvoir en place, pour insuffler cette dynamique sociale ! Le social et la macronie, c’est un peu comme le feu et l’eau, comme les lumières et les ténèbres.

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(*) Fonction publique : Les syndicats de fonctionnaires estiment qu’en 20 ans, et surtout depuis le blocage de la valeur du point d’indice dans la Fonction publique depuis 12 ans (2010), les fonctionnaires de métropole (hors 1er niveau qui suit l’évolution du SMIC) ont perdu plus de 20 % de leur pouvoir d’achat.

Dans l’archipel, ils ont aussi perdu ces 20 % auxquels il faut ajouter la différence d’inflation de 21 %. Ainsi, en 20 ans, les fonctionnaires de Saint-Pierre-et-Miquelon ont perdu plus de 40 % de leur pouvoir d’achat. Même s’ils ne sont pas à plaindre, ce qu’ils ne font pas d’ailleurs, leur situation dégénère et se traduit directement par une baisse des achats et un exode des retraités qui ne peuvent plus « s’acheter » l’archipel.