Quais des ferries, jusqu’à l’absurde !

Observez bien cette carte du Barachois qui a été publié en 1784 ! Vous pouvez trouver l’original sur le site de la Bibliothèque nationale de France (BnF) et zoomer à loisir. Il vous suffit de cliquer sur l’image.

Cette autre image ci-dessous date d’avant la construction de la poste(1932) : zoomée et redressée à l’horizontale : (Vous pouvez cliquer dessus pour obtenir l’original.

En comparant les deux cartes ci-dessous, il apparaît assez nettement que le port des années 30 a déjà très largement empiété sur l’eau. Le quai de la Roncière, en face de la fontaine, semble avoir était construit sur l’emplacement des « échafauds » de l’époque (1783) que les archéologues veulent retrouver en 2021 !

Mais allons plus loin !

Il faut parcourir l’histoire pour apprécier les évolutions de ce Barachois.

Extrait du livre « Gentleman Bootlegger » de Freddy Thomelin (Gentleman Bootlegger – éditions de l’Océan 2017)

Saint-Pierre – 1920

P 114 : « Le Barachois était devenu une forêt de mâts et la ville un vaste entrepôt d’alcools de toutes sortes, dans lequel des contrebandiers de tout poil venaient puiser pour étancher la soif inextinguible des Américains ».

P 126 : « Cette prospérité inespérée permit d’entreprendre des travaux importants, comme la construction d’une dizaine de kilomètres de routes, dont sept bitumées, et deux barrages pour surélever le niveau des étangs qui alimentent encore aujourd’hui la ville en eau potable. Il fallut aussi à l’époque draguer les hauts-fonds de l’entrée du port pour que les goélettes puis les bateaux à vapeur puissent venir s’amarrer à quais. Plus tard, on bâtit deux jetées et plusieurs postes d’accostages. »

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Dans un article consacré à la reconstruction du phare de Galantry, ces lignes sont éloquentes :

« Au retour des Français en 1816, l’archipel présente un paysage dévasté par plus de 150 ans de rivalités franco-anglaises : « Tout a été détruit dans cette colonie, même la cale [1] ; l’emplacement où était situé le bourg de Saint-Pierre ressemble à une prairie ; le Barachois est abîmé par le lest [2] que les chaloupes anglaises ont jeté … » [3] A l’instar de la colonie, le port est en piteux état et ne compte ni digue, ni balise ou signal sonore et l’approche des côtes et l’entrée au port se révèlent très dangereuses : on compte 77 naufrages entre 1816 et 1845, date à laquelle le phare de Galantry est mis en fonction. »

http://www.saint-pierre-et-miquelon.developpement-durable.gouv.fr/le-phare-galantry-la-sentinelle-disparue-du-port-a36.html

Alors que reste t-il des échafauds de 1783 ?

D’après les cartes ci-dessus, et encore plus avec la comparaison ci-après, il est fort probable que les Échafauds de 1783 que veulent rechercher les archéologues se trouvent sous la place du Général De Gaulle, ou, en étant optimiste, sous la Poste construite en 1933 ! (s’ils existent encore, c’est-à-dire, si les Anglais les ont protégé quand ils ont tout dévasté avant 1816 !)

Je suis donc obligé de modifier ma précédente conclusion portée dans l’article « Des archéologues pour fouiller les poubelles du Barachois de Saint-Pierre ! » :

  • Avant 1818, le Barachois est abîmé par le lest [2] que les chaloupes anglaises ont jeté,
  • 1877 les brisures d’Hortense dans le Barachois,
  • 1917 : 100 tonnes de charbon y sont déversées,
  • 1920 : dragage les hauts-fonds de l’entrée du port pour que les goélettes puis les bateaux à vapeur, puissent venir s’amarrer à quais »,
  • 1920/1930 ; construction de deux jetées et plusieurs postes d’accostages,
  • 1933, construction de la Poste,
  • A partir de 1935, après la prohibition, « Des carcasses de voiliers couchées sur le flanc émergent de la vase le long des quais de bois vermoulus et d’appontements délabrés qui achèvent de pourrir devant les habitations délaissées.« 
  • Etc. Etc.

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1784 – 2021

Lorsque l’image actuelle tirée de « Google-map » est juxtaposée sur la carte de 1784, il n’est pas difficile d’observer que toute la plateforme qui porte aujourd’hui, la Poste, les Douanes et le parking d’accès aux ferries, a été entièrement réalisée dans le barachois bien au-delà des emplacements des échafauds de 1783 !

Et si le bon sens pouvait s’échouer sur le projet du quai des ferries ?

Avant de chercher les échafauds de 1783, les services de l’État seraient bien inspirés de cartographier avec la plus grande exactitude le probable emplacement de ce qu’il recherche, sauf si ce qu’il recherche n’est pas un échafaud !

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complément du 10 février :

Sans obtenir la précision de géographe, il semble donc, que l’objet des recherches de L’État se trouve approximativement sous le parking du Centre de santé.
Mais pour le savoir, il va falloir creuser !

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