Lettre d'un père endeuillé aux députés LREM :

Je ne pouvais que partager.


« Mesdames et messieurs les députés,

Je vous écris en tant que père d’un petit garçon, Elias, qui a vécu neuf jours avant de nous quitter. Je vous écris également en tant que citoyen, pour vous demander une chose simple : cessez de vous justifier pour votre vote sur le congé pour deuil parental, et agissez enfin comme vous devez le faire.

Rien n’excusera votre refus de porter de cinq à douze jours la règle légale. Absolument rien. Arrêtez d’improviser des explications contradictoires. Depuis ce vote catastrophique, des propos ignobles ont été tenus par certains d’entre vous. Des mots qu’on n’aurait jamais crus possibles dans notre pays. On a osé parler de «générosité» à propos de ces jours de congé. On a demandé de «l’humanité dans le traitement des députés», par une indécente inversion des rôles. Dans un invraisemblable cafouillage, la ministre du Travail a admis une erreur, le président de la République et le Medef vous ont rappelés à votre humanité, avant qu’un ancien secrétaire d’État n’invente un récit farfelu pour dédouaner votre faute, et qu’enfin votre président de groupe se refuse à parler d’erreur. Chaque tentative de justification est une honte ajoutée à l’infamie. C’est une injure supplémentaire faite aux parents endeuillés.
Il est encore temps de réparer ce qui peut l’être. Il faudra pour cela que vous agissiez enfin en élus de la nation, et non en vassaux du gouvernement. Comment avez-vous pu obéir passivement à la consigne vous demandant de rejeter ces douze jours de congé ? Avez-vous donc abdiqué toute conscience morale, toute capacité critique ? Avez-vous oublié la séparation des pouvoirs ? Être des parlementaires godillots, est-ce là votre conception de la démocratie ? Vous pouvez encore agir, à condition d’être lucide sur ce qui s’est passé. Ce vote n’est pas accidentel. Il exprime une vision du monde. Celle qui traite l’humain comme des chiffres. Il est l’aboutissement d’une politique. Celle que vous défendez docilement depuis 2017.

A sa naissance, mon fils a été transféré dans le service de réanimation pédiatrique de l’hôpital Trousseau. Des soignants formidables ont tout tenté pour le sauver. Dans notre malheur, sa mère et moi avions la certitude qu’il était entre les meilleures mains du monde. Or depuis des mois, pour des raisons budgétaires, on ferme des lits dans ces services partout en France. Les infirmiers, les aides-soignants, les médecins ne comptent plus leurs heures. Faute de place, des enfants en danger de mort sont transférés à des centaines de kilomètres de chez eux. Cherchez là encore une justification, vous n’en trouverez aucune qui soulage votre conscience. Ceci est le résultat de votre politique. Tant d’autres exemples pourraient illustrer ce désastre. Il n’y a qu’à regarder la réalité en face. C’est votre responsabilité qui est engagée.

Les parents endeuillés n’ont pas besoin de votre compassion. Ils n’attendent pas de recette miracle pour guérir leurs blessures. La question n’est pas de choisir entre cinq et douze jours de congé. Elle est de choisir entre l’humain et les chiffres. Elle est de retrouver le sens du progrès, que vous revendiquez, c’est-à-dire l’attention à l’autre et d’abord au plus faible. Il n’est pas nécessaire d’avoir perdu un enfant pour comprendre que la vie humaine n’a pas de prix. Mais c’est en perdant de vue ce principe qu’une politique s’éloigne de l’humanité. Voici pour vous un chemin. Aurez-vous enfin le courage de l’emprunter ? »

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