Un gros avion, A400M Atlas, un Transall moderne, fait escale à Saint-Pierre mercredi 3 juin 2026. Ce type d’avion porte en lui bien des souvenirs pour les Saint-Pierrais et Miquelonnais.
Dans le livre que j’ai publié en 2014, retraçant jour après jour le dur conflit au Centre Hospitalier François Dunan en 2013, « Les Pacific’acteurs« , j’ai consacré un chapitre sur un passage agité de ce transall à Saint-Pierre. C’est lors de ma première venue à Saint-Pierre, en 2003, qu’un vieux militant syndical m’avait fait part du témoignage ci-dessous.
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« L’armée tenue en respect
Toujours le béret vissé sur la tête, chaud comme au bon vieux temps, Michel déversait chaque soir des histoires militantes succulentes d’anecdotes. Mais celle qui me marqua certainement le plus, c’est le blocage de l’aéroport.
— C’était en 1989. Nous apprenons par les contrôleurs aériens que des avions de l’armée, envoyés par la Métropole, allaient se poser pour délivrer l’île !
Il faut dire que pour défendre la pêche à la morue, ici, on est prêt à tout. Donc, on a tout bloqué. Dans le quart d’heure qui suit, (c’est pas grand chez nous), la seule piste de notre petit aéroport est envahie par les camions, les tractopelles, les voitures des grévistes, etc., etc. Impossible pour eux de se poser. Lorsqu’on les voit repartir au-dessus de l’île sans qu’ils aient atterri, ni même réalisé une approche, c’est la joie. La nuit tombante, tout le monde retourne chez soi. Le calme est revenu. Il faut qu’on récupère, car les journées se suivent sans que l’on puisse prendre de repos.
Au petit matin, un coup de fil ! Alerte. Deux avions de l’armée vont se poser sur la piste. Je saute du lit, passe deux ou trois coups de fil aux camarades. Rendez-vous immédiatement à l’aéroport avec tout ce que vous pouvez amener.
Lorsque j’y arrive, le premier avion venait tout juste de toucher le sol et freinait sur la piste pour prendre son virage et se diriger vers notre petite aérogare. »
Il m’explique alors que ce n’était pas le tarmac sur lequel je m’étais posé, qui est tout neuf, mais sur le vieil aérodrome qui était sur le plateau à 500 mètres en face des maisons de Saint-Pierre, là où se trouve le nouvel hôpital.
— Tu penses. Tous les camarades sont là ! Déjà, j’aperçois dans le noir les voitures, les camions et les tractopelles qui roulent vers l’avion pour l’empêcher d’aller plus loin. Il n’a pas eu le temps d’arriver à l’aire de stationnement. Il est planté là, en bout de piste. Lorsque j’arrive tout près, je vois que les conducteurs d’engins ont bloqué les portes de l’avion avec les mâchoires béantes de leurs engins. L’un d’entre eux est monté sur un véhicule et tape à grand coup de masse sur un hublot, pour l’exploser. Je crie et je lui demande :
— Mais qu’est-ce que tu fais ?
— On va les noyer ces enfoirés !
— Les noyer ?

Juste à côté, effectivement, le camion citerne des pompiers est là, gyrophare allumé, donnant encore plus de gravité à la situation. Au pied du camion les grévistes s’afférent pour brancher les tuyaux. J’interviens.
— Arrêtez camarades. Ils ne peuvent pas sortir. De là à casser l’avion et à noyer les militaires, ça va pas non ! » J’ai peur qu’ils ne m’écoutent pas. Je monte sur le véhicule et j’enlève la masse des mains du camarade qui est vraiment très en colère.
Cela mit un coup d’arrêt à cette action suicidaire pour nos revendications. Progressivement, j’ai réussi à calmer la foule et nous sommes entrés en contact avec le commandant de bord pour négocier.
— Vous reprenez le bout de la piste, vous mettez les gaz et vous décollez, sinon je ne réponds de rien !
Le message fut assez clair, car, presque sans insister, le commandant de bord accède à la demande. Il savait que s’il y avait la moindre tentative d’ouverture des portes, c’était la guerre. C’étaient aussi des militaires !
Alors, encadré d’un cortège de voitures, de camions et de tractopelles qui le mène jusqu’au bout de la piste, l’avion se positionne pour décoller. Les véhicules s’écartent et il part sous un tonnerre d’applaudissements, de klaxons et de sirènes en tout genre.
Le lendemain, dans la presse canadienne, il était fait mention de cet incident avec un titre dont nous ne sommes pas peu fiers : « L’armée Française tenue en respect par les habitants de la petite île de Saint-Pierre ».
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D’autres souvenirs, dont ce passage agité, ont été compilés dans un reportage de SPM la première en 2022 : « Fin de service pour le Transall, avion militaire passé plusieurs fois à St-Pierre et Miquelon »
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