En guise de vœux: « Les mots de la terre »

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J'ai écrit ce poème en juin 2008 à l'occasion d'un concours qui m'a valu d'emporter le premier prix. Il est encore d'actualité sur cette terre que les hommes épuisent. Le dire avec des vers rend l'alerte peut-être plus accessible ? Qu'il accompagne mes meilleurs vœux à tous ceux qui le lisent et le partagent.

Je suis terre posée comme une étoile heureuse
Et la sphère voilée qui me rend vaporeuse
Enveloppe les jambes des immenses sommets
Qui dominent les hommes et leurs belles pensées

Je suis sphère bien ronde et l’on m’appelle monde
Joliment dessinée sur cette mappemonde
Que l’homme a calibrée dans ces deux hémisphères
Pour que d’un seul coup d’œil il puisse voir sa terre

Je suis terre assoiffée que l’eau vient amollir
Pour donner au potier la joie de me pétrir
Par des mains enterrées, adroites et sensuelles
Qui déforment mes sens jusqu’à me trouver belle.

Je suis terre de richesses que donne ma nature
Que l’homme sait travailler par son agriculture
Mais que d’autres insensés pillent et dénaturent
En blessant mon écorce par leurs égratignures

Je suis terre, porteuse des hommes et de la vie
Comme une mère heureuse veillant sur ses petits
J’offre tout ce que j’ai pour les émanciper
Jusqu’au bout des réserves qui pourraient s’épuiser

Je suis terre appauvrie, réchauffée, asséchée,
Que l’ouragan violent vient encore agresser,
Semant parmi les hommes la terreur et la mort
Qui vient à chaque fois frapper un peu plus fort

Je suis terre à tes pieds qui vient te supplier
De réveiller en toi cette envie d’exister
D’offrir à tes enfants tous les fruits de leur terre
Pour chasser à jamais tous les maux de ta terre

Denis Garnier
Juin 2008