Et si ?

C’est le nom de ma première toile du XXIᵉ siècle quelque peu surréaliste. XXIᵉ siècle, car les précédentes ont été réalisées dans les années 1970, 1975 ! Elles sont peut-être chez des lointains amis de jeunesse, qui eux-mêmes sont peut-être déjà ailleurs.

Mais de cette époque, j’ai gardé ce croquis.

J’ai dû le réaliser entre les années 1970 et 1975. Je ne sais pourquoi il ne m’a jamais quitté. Probablement parce que j’étais le seul à l’aimer. Ni mes enfants, mes compagnes, mes amis ne trouvaient en cette expression un retour qui pouvait les émouvoir. Et pourtant, depuis 50 ans que je le regarde, il me pose toujours autant de questions. Est-il asiatique ? Que regarde-t-il ? Pourquoi cette coupure centrale ?

Janvier 2025, je reprends ce croquis sur une toile sans trop savoir ce que je vais en faire. Les pinceaux et les couteaux glissent autour de lui. L’œil, la bouche et la coupure centrale, forment l’architecture générale du tableau.

Progressivement, la partie droite s’éclaire quand la partie gauche s’assombrit sans pour autant écraser la lueur du regard qui se dirige vers la lumière.

Quelques reflets viennent marquer les reliefs du rouge et du noir, comme pour indiquer que, même dans les endroits les plus sombres, la lumière peut y pénétrer.

Mais pourquoi ce regard vers la lumière ? Que veut-il dire ? Et cette bouche muette, sans expression ? Pourquoi n’ose-t-elle pas s’ouvrir ?

Loin, là-bas, dans ce monde qui abrite la misère sous des toiles de tentes, des enfants fixent les objectifs des célèbres photographes qui immortalisent leurs regards.

Bras ballants ou mains dans le dos, en réalité, ils m’interpellent.

Et si cette bouche s’ouvrait ? Et si cette eau pouvait jaillir de la lumière des hommes ? Et si ?

« Et si ? » – Peinture à l’huile sur toile de lin de 45 cm x 33 cm

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Un ami a publié ce commentaire qui relaie ces interrogations :

« C’est une œuvre très personnelle, un peu déroutante dans sa composition que par ses représentations figuratives : entre réalisme et surréalisme, entre force de la vérité et puissance du fantastique via l’abstraction et les couleurs à gauche. J’aime son interpellation et le côté « intranquille » qui nous est renvoyé. C’est un peu une sorte de jeu du chat et la souris, du peintre et du « regardeur ». On la fuit si on est mal à l’aise et on peut tout autant y reste si le malaise nous questionne : qu’est-ce que cette œuvre raconte qui m’échappe. »

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Plus figuratives, ces deux autres peintures réalisées en 2024, tirées des photos du célèbre photographe Steve McCurry, peuvent se ranger dans le cadre de cette même interpellation.

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Une présentation de quelques-unes de mes toiles sur ce site :

https://denis-garnier.mycreasite.com/