Salut Roger,

Ce fut dans ton bureau, ta bibliothèque que nous avons passé de longues heures à parler philosophie, religion, politique. Tu m’as offert mon premier livre de François Chatelet, « Une histoire de la raison ». C’était il y a plus de 20 ans déjà. Il est toujours à mon chevet : une phrase parmi tant d’autres :

« Ceux qui ont vu les Idées ont désormais l’obligation d’aider leurs semblables, qui n’ont pas eu ce privilège, à lutter autant qu’il est possible contre l’emprise du malheur, étant bien entendu que cette lutte n’est jamais terminée, qu’il faut toujours se battre pour le triomphe de l’intelligibilité ».

Lutter contre l’emprise du malheur ou, comme tu le disais souvent, contre la barbarie. La barbarie qui massacre les paysages et qui a motivé trois ans de travail pour tenter de convaincre un conseil municipal de réaliser un écoquartier à la campagne. La première page de notre brochure, ci-dessous, témoigne du niveau d’exigence qui était le tien et dont tu m’as convaincu. Que nous importe la pensée dominante. Au-dessus d’elle, se trouve la réalité.

2009

« Les ennemis de la démocratie ont besoin de détruire la beauté qui nous reste, d’abord parce que cela «améliore leur marge» mais, tout autant, car la beauté en exaltant ce qu’il y a de meilleur en nous pourrait un jour inspirer nos refus, notre résistance, qui sait notre révolte.
Chacun de nous, pour lui-même, afin de triompher de la laideur qui l’entoure ou le menace, est tenté d’y répliquer. Un surpassement de laideur est alors la première arme qui vienne à l’esprit. »

Dans un billet du blog ou je présente l’écriture de mon dernier bouquin, je rapporte tes exigeantes corrections, sans concession aucune. Tu me répétais à l’envie, « la flatterie est inutile. Elle encourage la paresse de l’esprit et la médiocrité du travail. Pour le meilleur, il faut être exigeant et pour ses amis encore plus. »

Combien cet enseignement raisonne dans mon quotidien. Oui Roger, « il faut toujours se battre pour le triomphe de l’intelligibilité » et c’est bien souvent à nos dépens. Qu’importe. La mort nous sépare désormais, mais nos rencontres demeurent.

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